17/01/2010
L’arroseur arrosé
En surveillance de récréation,on est responsable de tout.Il faut être capable de tout voir, tout faire, tout régler, tout soigner tout en ayant pratiquement rien le droit de faire, c’est une des nombreuses contradictions de notre métier. Lorsqu’un enfant s’est fait mal, nous sommes autorisés seulement à faire deux choses: mettre du froid en cas de coups, bosses et entorses supposées, désinfectant sur les petites plaies.
Pour rajouter un peu de piment, nous n’avons qu’extrêmement peu de temps à accorder à chaque enfant qui vient nous voir, car pendant qu’on règle une dispute ou qu’on trie un blessé, la cour continue de grouiller, et on est censé regarder tout ce qui se passe quand même….
Devant le peu de marge de manoeuvre dont nous disposons, on se met à avoir en réserve un répertoire de phrases à sortir selon la situation:
« Ca ce n’est pas gentil ! » d’un ton bien compatissant.
« joue près de moi, je vais le surveiller » Quand un enfant se plaint qu’un autre l’embête.
« Puni, va t’assoir 5 minutes ! » Quand on a pris un enfant en flagrant délit.
« On règlera ça en classe » Quand la situation n’est pas claire.
« Où tu t’es fait mal ? » accompagnée pour ceux qui ont bien suivi de sa compagne: »Non, sur toi, où as tu mal ? »
« Va te mettre un peu d’eau » lorsqu’un enfant soit n’a rien mais se veut blessé, soit à mal et hurle à la mort, mais ce n’est pas assez grave pour qu’on puisse faire quoique ce soit.
Et c’est là que ça peut se retourner contre nous. Ma collègue Christine est avec sa classe de CP qui apprend à utiliser des classeurs. En montrant pour la 100 ème fois à un élève un peu polio comment fermer les anneaux du classeur, Chlack ! Les anneaux se referment sur le doigt de Christine. Ca fait mal. Elle n’a qu’une envie, c’est de faire comme nos élèves et d’hurler à la mort. Le problème, c’est que 25 yeux la regardent. Elle se contrôle donc le mieux qu’elle peut, mais ses gnomes remarquent tout de même la douleur sur le visage de leur maitresse chérie.
« Mets toi un peu d’eau maitresse ! » Suggère un élève voulant aidant.
Et voilà donc Christine qui serrant les dents passe son doigt sous l’eau et se voit obligée, pour ne pas griller notre réplique de récré, de répondre :« oh oui ça aide ! » aux élèves compatissant qui lui demande si ça aide.